Mots-clés : newsletter, club Innovation
Newsletter n°9 du 31 août 2010
1. SOMMAIRE
- RAPPEL : la prochaine séance plénière aura lieu le 22 septembre à partir de 8h30 chez Jean-Philippe Blanchard à St-Quentin-en-Yvelines [agenda de la réunion vous parviendra très rapidement]
- L’éditorial
- Les livres à lire
2. L’EDITORIAL
Quel est le but du Club ? Il est multiple. Entre autre, il doit permettre des échanges féconds sur l'évolution de la profession à partir de considérations nouvelles (signaux faibles ?).
Permettez-moi d'essayer - encore et toujours - de vous engager dans des débats qui me semblent nécessaires d'animer en-dehors de nos rencontres physiques. Que diable! Nous sommes censés être à l'avant-garde - disons une certaine avant-garde - de la profession et ne sommes même pas capable de dialoguer avec les outils modernes qui nous permettent de prendre le recul nécessaire à une réflexion plus profonde que la spontanéité des échanges vécus en direct dans des réunions physiques (des outils dont nous avons tendance à faire la promotion de leur usage au sein de nos entreprises …). Etes-vous tellement pris par vos projets immédiats qu'ils ne vous permettent qu'une lecture passive d'objets de discussions …quand vous en prenez le temps.
Prenez le temps et le courage d'exprimer vos opinions pour vous mêmes et pour le bénéfice des autres. C'est aussi ça le Club car sinon comment pourrions nous ensemble progresser ?
Vous l'avez compris, je jouerais comme j'ai déjà essayé de le faire le gratteur de conscience, l'emmerdeur de service quoi !
Tant pis pour vous! Enfin, j'espère tant mieux pour vous.
Je vous propose de commencer par une "pensée" générique catégorique et donc un tantinet caricaturale, mais en même temps cela fait du bien de porter des jugements larges et universels: cela ne peut que refléter le génie de son auteur ! B-)))
Allons-y: pour moi, le 20ème siècle a été le siècle du productivisme alors que le 21ème siècle devrait être celui du retour vers l'humain
En effet, le 20 siècle s'est ouvert sur le taylorisme et le fordisme qui ont privilégié la rentabilité intrinsèque du capital investi (ROI / ROE / ROx ...) au détriment du bonheur des travailleurs employés même si ces derniers ont connu une augmentation considérable de leur richesse pendant quelques périodes heureuses, en particulier les 30 glorieuses de l'après deuxième guerre mondiale. Si peu ? Et oui, les dernières études montrent très clairement qu'aux Etats-Unis, temple du capitalisme moderne, les travailleurs américains ont subi une stagnation de leur pouvoir d'achat depuis 1970 ! Où est donc la main invisible et heureuse du marché ? D'ailleurs, les régimes communistes n'ont pas été beaucoup plus bénéfiques pour ces mêmes catégories de travailleurs car ces régimes ont également utilisé des méthodes de productivismes parfois très brutales : les camps de travail et autres stakhanovismes. Ce siècle a passé son temps à inventer des mécanismes d'augmentation de la productivité et un des derniers avatars s'affabule d'un nom finalement assez exotique "lean Six Sigma" mais qui résume bien cette foi de la théorie économique néoclassique dominante en une utilisation aveugle mais pas forcément bien comprise des mathématiques sur lesquelles se sont appuyées toutes ces méthodes durant le siècle.
Quand on change de siècle, on aime bien changer de paradigme et en s'inspirant -quelle classe - de Malraux, on pourra prédire que le 21ème siècle sera non celui du retour du spiritualisme versus le matérialisme du 20ème mais celui du retour de l'humain versus le productivisme négligeant de l'humain du 20ème siècle.
En effet, on redécouvre que l'objet final de l'économie est l'être humain et son bonheur et qu'il est vraiment difficile de l'ignorer car quand on le fait le monde tourne bien moins bien que les théories - trop bien faites et trop prétentieusement scientifiques sous leurs masques mathématiques - ne le l’affirment.
Nos membre du Club Innovation le savent bien qui tous sont persuadés que l'avenir de la banque et de l'assurance repose principalement par une redécouverte de l'humain dans le client et ils le prouvent avec le premier projet du Club portant sur le Design Thinking: pile-poil dans le sujet !
Mais d'autres manifestations de ce retour vers l'humain sont déjà bien visibles dans les théories et les pratiques et je vous en livre une liste bien pauvre, reflétant la faible étendue des connaissances de l'auteur de cet article:
- l'émergence de la prise en compte grandissante d'une demande des citoyens pour une véritable responsabilité sociale des entreprises, comprenant le développement durable mais pas seulement
2. Je ne vous ferais pas l’injure d’oublier le développement des approches « design thinking » dans la conception globalisante des nouveaux produits et services.
3. l'affirmation - encore trop discrète malgré l'octroi de plusieurs prix Nobel - que contrairement à la doctrine classique économique et encore ultra dominante, l'homo oeconomicus, l'acteur de la théorie du marché économique, n'est pas l'agent absolument rationnel qui est à la base de l'explication économique du monde depuis Adam Smith (qui d'ailleurs n'y croyait pas)! L’être humain est tellement profondément irrationnel qu'il est temps d'en tenir compte dans les théories pour mieux gérer le monde: on appelle cela "behaviorial economics" : lisez les prix Nobel d’économie Kahneman et Tversky (2002) ainsi que d’autres auteurs tels que Dan Ariely.
4. d'ailleurs, suite à d'autres analyses nombreuses, le gouvernement français n'a-t-il pas fait produire par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, en 2008, un rapport recommandant une autre mesure de la qualité de l'évolution humaine (indice du bonheur humain ?) que le pauvre indice PNB complètement inadapté et qui finalement sous-tend des politiques économiques et sociales malheureuses au niveau de nombreux pays.
5. on a découvert que les processus d'entreprises concernaient in fine le travail des êtres humains et qu'il fallait en tenir compte si on voulait que les projets de transformation réussissent mieux, d'où le développement des phases d'accompagnement du changement dans les projets
6. depuis Xerox et son pilleur Apple (fenêtrage, graphisme, souris, etc...), on découvre que l'interaction homme-machine est un élément clé du développement ... humain et que les avancées technologiquement récentes et à venir vont continuer à révolutionner nos pratiques grâce aux évolutions des IHM qui sont enfin considérées comme étant primordiales pour assurer le succès des nouveaux produits et services: dans le désordre: réalité virtuelle, réalité augmentée, visophonie, interface vocale, interface au doigt, interface gestuelle dans l'espace, etc...
7. et n'hésitez pas à en rajouter d'autres !!
Des commentaires ?
OUI DES COMMENTAIRES !!
Nous aurons l’occasion de revenir bientôt sur le « behavioral economics » pauvrement traduit en français par la « finance comportementale » et autres neuro-marketing pour mieux situer et comprendre ensemble comment cette nouvelle façon de comprendre nos comportement réels peuvent influer sur les productions de nos entreprises ; c’est une suite naturelle au « design thinking » qui n’en n’est qu’une des facettes.
3. Des recommandations de lecture
« Fooled by Randomness » Nassim Taleb 2004: lecture recommandée pour réaliser que nous devons rester modeste dans notre essai de compréhension des évènements si aléatoires de la vie
Dans ce livre, Nassim Taleb, ex trader pendant 15 ans et rendu célèbre par son explication de la crise par le paradigme du « cygne noir » dans un livre paru après celui que j’ai lu, explique avec ses tripes les limitations intrinsèques du cerveau humain et sa prédisposition à ne décider presqu’exclusivement que de façon émotionnelle et non rationnelle, tout à l’opposé des hypothèses très réductrices de la doctrine économique classique du néo-libéralisme mettant en scène des acteurs de marché parfaitement rationnels.
Au contraire, en s’appuyant sur ses propres expériences de trader et en se référant aux nouvelles doctrines de la finance comportementale, il met en évidence les vaines tentatives de trouver du sens dans la modélisation mathématique des évènements du passé et leur non pertinence à prédire l’avenir, l’incertain par définition et en particulier dans le monde du trading où finalement les « heuristiques » garantissent bien plus de succès à long terme que tous les modèles.
« Predictably Irrational » Dan Ariely : 2008 : lecture très recommandée pour comprendre de façon simple les biais cognitifs de l’humain et ses conséquences pour la compréhension de nos comportements quotidiens (version française : « c’est (vraiment) moi qui décide ? »
Dans ce livre, Dan Ariely, chercheur en économie comportementale, explique de façon simple et imagée, en décrivant des expériences scientifiques, comment l’être humain réagit essentiellement de façon irrationnelle dans les actes de sa vie en se laissant conduire par des réflexes inconscients universels qu’on appelle des biais cognitifs, comme l’ont montré les deux prix Nobel d’économie 2002 : Kahneman et Tversky.
Je vous suggère d’ailleurs de consulter une liste de ces biais cognitifs dans Wikipedia et vous serez surpris !!
« Econned » Guy Smith : 2010 : lecture recommandée pour ceux qui sont quelque peu familiarisés avec la finance et surtout qui ont envie de comprendre ce qui s’est passé avant et durant la crise financière
Cette experte en investissements financiers est devenue depuis 3 ans une blogueuse de référence sur Internet (site www.nakedcapitalism.com) et qui analyse quotidiennement tous les aspects de la crise. Ainsi, dans ce livre, Guy Smith explique de façon convaincante comment la théorie économique néo-libérale hyper-dominante a tellement influencé la sphère politique américaine et européenne qu’elle a réussi à pousser à l’ultra-libéralisation de la vie économique et surtout à faire sauter tous les garde-fous mis en place suite à la crise de 1929. Ainsi, la conjugaison de l’action de cette idéologie de la main invisible et « magique » du marché, de l’effacement du rôle de l’Etat de la vie économique et des taux d’intérêt extrêmement bas, ont permis aux acteurs financiers du marché de faire progresser leur quote-part dans le PNB des USA à 40% et à répondre de façon frénétique et irresponsable à la demande, exponentielle depuis 2000, en produits financiers de haute qualité (AAA) mais à haut rendement (supérieur aux bons du Trésor américains). Pour cela, ce système a détourné de façon grandiose le mécanisme de la titrisation des prêts immobiliers personnels en inventant de nouveaux produits financiers soi-disant à haut rendement et très sûr avec la complicité de tous les acteurs de la chaîne de valeur de la finance dans une fuite en avant aveugle, s’appuyant sur des modèles de risques complètement inadaptés, porté par une confiance en soi et une arrogance énorme des dirigeants financiers à qui profitent ces instruments en première ligne grâce aux bonus faramineux touchés sur les commissions juteuses appliquées aux montages financiers nécessaires pour assurer leur création et distribution et enfin grâce à l’aveuglement du manitou de la Fed, Alain Greenspan, qui croyait réellement que les fraudeurs du marché étaient automatiquement éliminés par la mécanique implacable du marché parfait. Bref, un régal mais aussi une interrogation grave : est-ce que la société arrivera-t-elle à limiter la puissance de la finance dans la vie démocratique et à éviter également que de nouvelles crises financières graves éclatent pour les mêmes raisons que celles de 2007 ?
Identité numérique, …. Dan Kaplan et la FING : 2009 : lecture recommandée pour ceux qui ont envie de comprendre que la question de la gestion des identiques sur l’Internet devient une des questions centrales de nos libertés virtuelles
Ce petit livre essaie de fair le tour d’une question complexe où les acteurs concernés se cherchent depuis un bon moment sans se trouver pour offrir aux consommateurs des mécanismes simples et efficaces pour gérer leur(s) identité(s) numérique(s) de façon sécurisée et respectueuses de leurs droits. En effet, ce passage de l’identité « physique » à l’identité numérique permet de ré-ouvrir le chantier de l’identité de soi, des droits du citoyen à la gérer et du droit du consommateur et du citoyen à se la faire protéger efficacement par l’Etat. Si ces conditions sont atteintes, le passage au numérique doit aboutir à un élargissement des droits fondamentaux des citoyens en ce qu’il leur permettrait de gérer eux-mêmes des identités diverses suivant l’exposition qu’ils veulent donner à leur interlocuteurs de leurs attributs suivant le lieu, la géographie, les circonstances, en accord avec leur « projection du soi » qu’ils veulent afficher. L’espoir est là mais la route est encore longue pour atteindre les objectifs comme le montre ce livre où les propositions suggérées pour atteindre ces objectifs relèvent encore souvent du « wishful thinking ».
cf article site Club: http://innovbfa.viabloga.com/news/livre-daniel-kaplan-informatique-libertes-identites-avril-2010
Pôle Finance Innovation : juillet 2010 : Livre blanc sur l’innovation dans l’Assurance : Lien sur le site : http://innovbfa.viabloga.com/news/pole-finance-innovation-1er-livre-blanc-l-innovation-dans-l-assurance-juillet-2010
Ce Livre blanc est un vecteur enthousiaste de la nécessité de l’innovation dans l’Assurance. Malgré un ensemble de propositions très variées, j’ai été un peu déçu personnellement vis-à-vis du manque de propositions concernant la compréhension des comportements des clients bien qu’une référence sur le design Thinking ait été introduite (merci à ceux de nos membres qui ont participé au Livre Blanc et qui n’ont pas oublié de le faire mentionner !).
Mais au-delà de mon appréciation personnelle, sûrement trop biaisée, je pense que la vocation même de Club doit nous donner l’occasion de discuter le contenu de cette parution importante ensemble et certainement avec les représentants du Pôle. Je vais essayer d’organiser une telle discussion rapidement
4. Documents mis sur le site mais que je n’ai pas encore ( ?!) lus et dont je tenais à vous en souligner l’intérêt à priori
Ezratty : culture d'entreprise et innovation: un excellent article sur les différences de culture au sein même de Apple, Google et Microsoft !
J’ai placé un certain nombre de documents étatiques et autres études de prospectives sur l’innovation qui devraient vous intéresser également
Pour ceux qui sont intéressés par des news sur des innovations technologiques très diverses, je vous recommande de consulter les sites suivants, certains accessibles directement depuis le site :
Gizmodo: http://www.gizmodo.com
Shaping Tomorrow : http://www.shapingtomorrow.com/newsletter.cfm
BusinessWeek-innovate: http://www.businessweek.com/innovate/next
MIT Technology review: http://www.technologyreview.com